Vaccination obligatoire des enfants en 2018 : une mesure de bon sens

La crise de confiance manifestée par les Français à l'encontre de la vaccination en général a été largement entretenue par certains Cassandre à l'issue des récentes crises sanitaires qui ont affecté le pays. La désastreuse campagne de vaccination contre la grippe H1N1 a rajouté de la défiance à la confusion. Pour autant, cette crise de confiance, entretenue par les médias, doit beaucoup à la méconnaissance des bénéfices de la vaccination. Une récente note de l’Inserm fait le point sur les connaissances scientifiques qui doivent sous-tendre une prise de décision rationnelle des pouvoirs publics.

"La vaccination constitue l’une des principales interventions de santé publique ayant contribué au recul des maladies infectieuses", indique l'Inserm dans sa récente "mise au point". "Elle est tout à fait satisfaisante pour les maladies pour lesquelles elle est obligatoire (polio, tétanos, diphtérie) ou pour celles dont les vaccins sont systématiquement (coqueluche) ou quasiment systématiquement (Hib) combinés avec les vaccins obligatoires. Néanmoins, pour les autres maladies, la couverture vaccinale en France reste notoirement trop faible pour obtenir l’impact attendu sur le fardeau de la maladie, entraînant des décès et des séquelles pourtant évitables et ne permettant pas, entre autres, l’élimination de la rougeole."
Cette insuffisance ne doit rien au hasard. Elle est la résultante d'un débat d'opinion, souvent mal informé, polémique à souhait, par lequel des lobbys anti-vaccins brouillent depuis des années le message de santé publique et insufflent le doute judque dans les rangs du corps médical, lui même confronté en permanence aux nombreuses questions des patients. "Docteur, est-ce que vous vaccinez vous même vos enfants ?", est la question qui plombe souvent les consultations médicales.

"La France est devenue un des pays au monde où la défiance vaccinale est la plus forte, ajoutre l'Inserm. Ces controverses ont lieu alors même que l’obligation vaccinale correspond au calendrier vaccinal actuel, qu’elle n’ajoute aucun vaccin supplémentaire et vise à faire en sorte que les enfants reçoivent effectivement les vaccins qu’ils auraient dû recevoir si le calendrier vaccinal était respecté pour tous les enfants. " Saisi par le sujet, les parlementaires ont tranché lors de la récente préparation de la Loi de financement de la Sécu pour 2018, adoptée en décembre. " Il est inadmissible que des enfants meurent de maladies évitables, a fait savoir la ministre de la Santé en novembre dernier lors des débats sur le projets de loi. 70 % à 80 % des enfants français reçoivent déjà ces onze vaccins : nous ne bouleversons pas les habitudes ni les attitudes vaccinales. Mais ce taux est insuffisant pour jouir d'une couverture vaccinale suffisante, des épidémies dangereuses subsistent, la puissance publique doit prendre ses responsabilités. Vacciner son enfant, c'est le protéger mais c'est aussi protéger les autres, j'insiste sur la dimension profondément solidaire et altruiste de la vaccination", a ajouté le Pr. Agnès Buzyn. De son côté, le syndicat des médecins généralistes, MG France, se dit favorable à la mesure : "MG France propose aux médecins généralistes d’accompagner cette décision en fournissant à leurs patients les informations nécessaires, validées scientifiquement, pour informer, expliquer et parfois convaincre", explique le syndicat qui "prend acte de cette décision qui doit être accompagnée d’une mise à disposition sans faille de l’ensemble des vaccins nécessaires et d’une prise en charge à 100 %."

Absence de base scientifique

Aussi; l'Inserm estime que "l'efficacité et l'innocuite des 11 vaccins sont scientifiquement prouvés". Ils le sont à 90 % ou plus, ajoute l'Institut. De même, les effets indésirables, quand ils existent sont généralement mineurs et de courte durée, poursuit l'Inserm. Il y a certes réaction au site d’injection telle que douleur, rougeur, gonflement (> 10 cas sur 100 vaccinés), ainsi que certains effets généraux, également de courte durée, comme de la fièvre ou des douleurs musculaires ou articulaires, mais les suspicion de lien entre autisme et vaccination contre la rougeole relève de la "fraude scientifique", quand ce n'est pas de l'intoxication pure et simple. Il en va de même de la suspicion de lien entre la sclérose en plaques et la vaccination contre l’hépatite B, infirmée par de nombreuses études réalisées entre 1996 et 2004. Quant à la suspicion de toxicité des adjuvants, "au vu des données disponibles à ce jour à l’échelle internationale, avec un recul d’utilisation de 90 ans et des centaines de millions de doses injectées, l’innocuité des sels d’aluminium contenus dans les vaccins ne peut être remise en cause." Une question soulevée également par les parlementaires et qui a reçu une réponse similaire. Enfin sur les vaccins combinés, qui ont comme intérêt principal de faciliter la vaccination des nourrissons, l'institut indique qu'ils ont "de multiples avantages, et pas de désavantages par rapport aux vaccins non combinés administrés de façon séparée". Il ajoute que "les arguments développés par les lobbys anti-vaccins et qui prétendent que les vaccins combinés provoquent un « épuisement du système immunitaire » ne reposent sur aucune base scientifique.'

L'Inserm fait encore valoir que "l’impératif d’un taux de couverture élevée pour les 11 vaccins du nourrisson rendus obligatoires en France à partir de 2018 comporte une double justification :
- individuelle par la protection conférée directement à l’enfant vacciné : vacciné contre un agent pathogène (un virus ou une bactérie), son système immunitaire apprend à se défendre contre lui.
- collective, par la réduction de la circulation de l’agent pathogène et donc la diminution du risque de contamination pour les personnes non vaccinées : "Plus la couverture vaccinale est élevée, plus on réduit la circulation de la bactérie ou du virus concernés et plus on réduit le nombre de cas chez les vaccinés et les non-vaccinés dans la population générale." Ainsi, avec une couverture vaccinale de près de 97 % pour la diphtérie, on dépasse le seuil pour l’immunité de groupe (qui est de 80 %) et c’est donc la communauté entière qui est protégée. De même, les infections à Haemophilus influenzae b de l’enfant, la rubéole ou les oreillons ont presque été éliminés dans le pays parce que les taux de couverture dépassent le seuil pour ces maladies.
"En revanche, le niveau actuel de couverture vaccinale contre la rougeole reste insuffisant pour permettre une immunité de groupe", souligne l'Institut. "La couverture insuffisante avec le vaccin contre la méningite C (70 % à l’âge de 2 ans, mais faible chez les adolescents et les jeunes adultes) est responsable de la majorité des près de 800 cas et 100 décès survenus depuis 2011.

"Il est donc indispensable d’augmenter les niveaux de couverture vaccinale des enfants en France pour prévenir des pathologies sévères, des séquelles et des décès évitables", conclut l'Inserm

Jean-Jacques Cristofari

Les recommandations du Pr Fisher

Le Pr. Alain Fisher, qui préside le Comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination, a présenté son rapport le 30 novembre 2016.
Celui-ci préconise un élargissement temporaire du caractère obligatoire des vaccins recommandés de l’enfant, assorti d’une clause d’exemption et de leur gratuité. Il recommande également plusieurs autres actions à mettre en oeuvre de façon prioritaire :

1. écoute de la population et des professionnels ;
2. transparence de l’information et des experts ;
3. diffusion, à partir d’un site unique et connu de tous, d’informations validées ;
4. formation initiale et continue des professionnels de santé ;
5. implication de l’école ;
6. campagnes de sensibilisation dans les médias ;
7. facilitation de la pratique de la vaccination ;
8. amélioration du suivi par la généralisation du carnet de santé électronique ;
9. développement de programmes de recherche qui couvrent les différents aspects de la vaccination – de la biologie aux sciences humaines et sociales.