Un quart de généralistes en moins d'ici 2025

La dernière édition de l’Atlas publié par l'Ordre des médecins, qui recense les médecins inscrits au Tableau de l’Ordre en 2015, confirme une tendance observée depuis plusieurs années. "Alors que le nombre de médecins en activité régulière reste stable, on dénote une augmentation constante du nombre de retraités", indique l'ordre, qui révèle par ailleurs une baisse préoccupante du nombre de médecins généralistes, premiers touchés par le nombre important de départs en retraite. "Cette baisse pourrait se traduire par la perte d’un médecin généraliste sur quatre sur la période 2007-2025."

Le dernier Atlas démographique publié par le Conseil national de l'Ordre des médecins (CNOM) en ce début juin confirme la chronique d'une tendance - pour ne pas dire d'une catastrophe - annoncée. En 2025, au vu des évolutions démographiques en cours les médecins généralistes exerçant en libéral ou mixte (libéral et salarié) ne seront plus que 47 916, contre 64 778 il y a 10 ans et 56 346 aujourd'hui (cf.graphique ci-dessous). Soit une baisse de 16 862 praticiens d'ici 2025, face à une population vieillissante et frappée de maladies chroniques qui nécessiteront un recours croissant aux acteurs des soins primaires que sont les généralistes. Depuis 2007, l'effondrement du nombre de généralistes est le plus marqué en Ile-de-France (-18,7 %), suivi de la région Centre (-13,1 %), de la région PACA (-10,5 %) ou encore des Hauts de France, ex Nord-Pas-de-Calais-Picardie (10,3 %). La chute est moins forte, mais significative dans les autres régions (de - 9 % en Franche-Comté/Bourgogne à -3,8 % en Auvergne-Rhône-Alpes. Seuls les DOM et TOM voient les effectifs de généralistes progresser (13 et 14 %).

"L’analyse de la variation des effectifs à des échelles plus fines permet de souligner des territoires plus impactés, tant urbains que ruraux, par la baisse significative du nombre de médecins généralistes en activité régulière", commente encore le CNOM. Ainsi, les départements de la Ville de Paris et de la Nièvre enregistrent une baisse identique du nombre de médecins généralistes (-25%) en activité régulière sur la période 2007/2016. "Ces deux exemples mettent en évidence que la désertification n’est pas exclusivement rurale. Elle concerne également les espaces urbains de plus ou moins grandes échelles diamétralement opposés." Ce qui a régulièrement été observé et constaté sur le terrain par de nombreux reportages des médias se confirme comme réalité. Les villes et les cmapagnes devront bientôt gérer une problématique commune : celle de l'accès aux soins !

Elevée au rang des spécialités médicales par la Loi n° 2002-73 de modernisation sociale (article 60), la médecine générale n'attire plus les jeunes générations de médecins en formation. Car tous modes d’exercice confondus, sur la période 2007/2016, les effectifs de généralistes ont diminué de 8,4%, passant de 97012 à 88 886. Cette baisse devrait se poursuivre jusqu'en 2025, date à laquelle les effectifs de généralistes seront tombés à 81 455, selon le CNOM. Les jeunes médecins tardent de plus en plus à s'installer, hésitent à le faire en libéral quand ils n'optent pas purement et simplement pour le statut de remplaçant. Ainsi, sur la période 2007-2016, le nombre de médecins remplaçants n'a cessé de croître (+17,1 %) pour s'élever à 11 285. Hors retraités, leur moyenne d'âge est de 44 ans, et ils sont majoritairement des femmes.

2/3 des étudiants optent par choix pour la médecine générale

La commission jeunes-médecins de l'Ordre des médecins, en partenariat avec les structures des étudiants et jeunes médecins a diligenté une enquête par Internet sur l'impact du stage en médecine générale sur le choix de la spécialité de médecine générale. L'objectif a été de déterminer les motivations des étudiants qui choisissent la spécialité de médecine générale (voir tableaux ci-dessous).

En moyenne, sur l'ensemble des répondants, un étudiant sur deux a réalisé son stage dans un cabinet seul et un tiers dans une maison médicale mono-disciplinaire et quel que soit le cursus des répondants, en moyenne ¼ d’entre eux a réalisé son stage de médecine générale dans une commune rurale. Et quel que soit le niveau de formation des répondants, plus de 95% ont participé à l’examen clinique en consultation. Tous ont déclaré être satisfaits, voire même très satisfaits, de la démarche de compagnonnage du maître de stage ainsi que de l’initiation au suivi des patients. A l’opposé, ils ont été peu ou pas satisfaits de l’initiation aux démarches administratives vis-à-vis de la sécurité sociale et autres organismes de protection sociale et à
l’initiation aux tâches de gestion d’un cabinet.

68 % des répondants de 2è cycle, 83 % de ceux en 3è cycle et 84 % des fin de cursus ont indiqué que leur stage en médecine générale leur a donné envie d'embrasser le métier ! Parmi les raisons évoquées, ils ont cité en priorité, la elation médecin traitant/ patient plus personnelle, le rôle du médecin de famille, l'aspect intergénérationnel (suivi des patients et de sa famille sur des longues durées), l'aspect humanisme - médecine humaniste centrée patient, le lieu de confiance hors de l'hôpital, la transparence des soins la prise en charge globale du patient, le rôle de prévention du généraliste, la prise en charge globale, médico-psycho-sociale, le suivi et prise en charge global somatique, psychique et social du patient ou encore le suivi singulier de chaque patient. D'autres raisons donnant envie ont également été citée, telles la diversité des demandes et des prises en charge, les motifs de consultation et patientèle très variés ou encore la diversité des pathologies et des populations rencontrées. Enfin, le thème de la "liberté" a également été évoqué dans leur choix, dont celle pouvoir gérer son temps, son activité et la possibilité d’orienter son activité selon ses préférences ou encore d'être "responsable du mode de prise en charge.".

Enfin, l'enquête a fait ressortir que le lieu du stage détermine massivement le choix d’exercer la médecine générale. "Les étudiants qui ont fait leur stage dans le département de Loire-Atlantique ont déclaré à 89,5% « avoir envie de faire de la médecine générale », note le CNOM. 88,5% des stages réalisés en Gironde ont également donné envie aux étudiants de faire de la médecine générale. Le département du Rhône occupe le 3ème rang avec 87,5% d’étudiants dont le stage a donné envie de faire de la médecine générale."

Au total, parmi les 2732 participants à cette enquête, 60% ont choisi d’exercer la médecine générale ; 19% ne souhaitent pas exercer cette spécialité et 21% ont répondu ne pas savoir ! Quant au type et au choix de leur implantation, 58% des répondants ont exprimé le désir de pratiquer la médecine générale en secteur libéral exclusif - contre 2 % à l'hôpital - et 34% dans une commune de moins de 2000 habitants, qualifiée de commune rurale. Cette enquête très riche en informations sur les souhaits des étudiants, mérite incontestablement d'être déposée sur la table des négociations conventionnelles en cours.

Jean-Jacques Cristofari